L’opposant Ousmane Sonko avait promis la criminalisation de l’homosexualité mais il n’a fait qu’un rétropédalage une fois au pouvoir. Il a demandé aux députés de Pastef de trancher pour le durcissement des peines à l’encontre des actes contre nature. Désormais, le destin de la loi criminalisant l’homosexualité ne tient plus qu’à une signature, celle de Bassirou Diomaye Faye. Du coup, Ousmane Sonko a mis le Chef de l’État entre le marteau de la pression occidentale et l’enclume d’une promesse de campagne sacralisée.
Mais pour les partenaires occidentaux, le dossier est devenu un marqueur de la trajectoire démocratique du nouveau régime. L’ONU, par la voix de ses experts en droits de l’homme, a déjà signifié que tout durcissement législatif isolerait le Sénégal sur la scène internationale, le plaçant en contradiction avec les pactes de libertés civiles qu’il a ratifiés. Le Haut-Commissaire, Volker Türk, crie au « bafouage » des droits humains « sacro-saints ».
La France : entre malaise diplomatique et indignation civile
En France, le sujet enflamme les plateaux et les parlements. De Jean-Luc Mélenchon, qui érige la liberté d’orientation sexuelle en principe universel, aux diplomates du Quai d’Orsay qui craignent un basculement conservateur, la pression est constante. Les réseaux sociaux sont bondés de commentaires entre attaques, indignation et manifestation de soutiens.
Pour l’Occident, c’est un recul. Pour l’ONU, c’est une attaque contre la dignité. Mais pour le pouvoir en place, c’est l’affirmation d’un principe simple, la démocratie est aussi le respect des valeurs de la majorité, d’un peuple qui refuse de voir son identité diluée dans des standards universels jugés impérialistes.
Le duel des pressions : Souveraineté ou diplomatie ?
Sur la table du président de la République, le texte pèse trop lourd. Signer, c’est défier Genève, Paris et les bailleurs de fonds. C’est risquer l’isolement financier et diplomatique, alors que le pays a besoin d’investissements. Mais ne pas signer, ce serait reculer devant l’étranger ou céder aux pressions de ceux que les collectifs comme And Samm Jikko Yi dénoncent comme des censeurs culturels.
Au Sénégal, chaque sortie de l’ONU ou d’un homme politique français est vécue comme une ingérence maladroite qui, paradoxalement, ne fait que bétonner le soutien populaire autour de cette loi.
La signature qui pourrait tout faire basculer
Le sort du Sénégal se joue dans ce silence présidentiel qui précède la promulgation. Bassirou Diomaye Faye va-t-il graver dans le marbre la vision de la « rupture » portée par son premier ministre, au risque de froisser le monde ? Ou va-t-il chercher une voie médiane, au risque de déclencher une colère sociale interne déjà bouillante ?
En promulguant cette loi, Diomaye ne se contenterait pas de punir des actes, il signerait l’acte de naissance d’une nouvelle diplomatie sénégalaise, où la souveraineté des mœurs l’emporte sur les pactes internationaux. Le choix n’est plus seulement juridique, il est existentiel pour le nouveau régime.



